Ithaque, la petite île que chantait déjà Homère

Par Maria Papadopoulou (Μαρία Παπαδοπούλου)

Publié le 18 septembre 2026 11 min de lecture

Ithaque, Grèce : l'île d'Ulysse, paisible et préservée

Imaginez un golfe si profond et si refermé qu'on le prendrait pour un lac, quelques voiliers qui s'y balancent, des collines d'oliviers argentés qui descendent jusqu'à l'eau, et un petit port blanc qui s'éveille au bruit des cafés que l'on ouvre. Vous êtes à Ithaque, la plus discrète des îles Ioniennes, celle où, raconte la légende, Ulysse rêvait de rentrer après dix années d'errance. Beaucoup de voyageurs traversent la Grèce sans jamais s'y arrêter, et c'est un peu ce qui fait sa chance : Ithaque, posée à l'est de Céphalonie, a gardé le calme et la sincérité d'une île où l'on vient pour ralentir, pas pour cocher des cases.

En brefUne petite île ionienne, paisible et chargée de mythe, faite pour la flânerie
Idéale pourla mémoire homérique, les ports de pêche, les criques tranquilles
Meilleure saisonmai, juin, septembre et début octobre (douceur, belle lumière, peu de monde)
Rythmedoux, à votre rythme, de village en village
Comment la vivreen escapade depuis Céphalonie voisine (inspiration libre, sans séjour dédié pour l'instant)

Ithaque appartient à l'archipel des îles Ioniennes, à l'ouest de la Grèce, face à la mer qui la sépare du continent. C'est une toute petite île : moins de 100 km², environ trois mille habitants, deux massifs reliés par un isthme étroit. On en fait le tour en une journée de voiture, mais ce serait passer à côté de l'essentiel. Ithaque se mérite lentement, le temps d'un café en terrasse, d'une baignade dans une crique sans nom, d'une conversation avec un pêcheur qui rentre sa barque.

La patrie d'Ulysse, et le décor de l'Odyssée

Ithaque doit sa célébrité à un homme qui n'a peut-être jamais existé. C'est ici qu'Homère place le royaume d'Ulysse, ce roi parti combattre à Troie et qui mit dix ans à retrouver son île, sa femme Pénélope et son fils Télémaque. Le poème a beau avoir près de trois mille ans, on s'amuse aujourd'hui encore à reconnaître, ou à imaginer, les lieux qu'il décrit. Les savants débattent toujours pour savoir si l'Ithaque d'Homère est bien celle d'aujourd'hui, et ce doute fait partie du voyage.

Il ne faut donc pas venir ici comme on visite un musée. Aucun « site d'Ulysse » ne vous attend, billetterie comprise. L'Odyssée se promène plutôt avec vous, en arrière-plan, pendant que vous longez une oliveraie ou que vous regardez le soleil tomber derrière les montagnes de Céphalonie. C'est cette présence discrète du mythe, mêlée à la vie tranquille d'aujourd'hui, qui rend l'île si attachante.

Vathy, la capitale au fond de son golfe

Vathy (le mot veut dire « profond » en grec) porte bien son nom : la petite capitale se blottit tout au bout d'un golfe si bien abrité qu'on s'y sent comme dans une grande piscine paisible. Les maisons aux tuiles rouges s'alignent autour du port, patiemment relevées après le tremblement de terre de 1953 qui avait secoué tout l'archipel. Un minuscule îlot pointe au milieu de la baie, juste là pour le plaisir des yeux.

C'est le meilleur point de départ pour rayonner. Vous y trouverez l'essentiel des tavernes, des commerces et des cafés où l'on s'attable sans hâte, et plusieurs plages se gagnent à pied depuis le centre. Le matin, le marché et les terrasses s'animent doucement. Le soir venu, on dîne face aux mâts, une carafe de vin local posée sur la nappe. Rien ne presse, et c'est exactement ce que l'on était venu chercher.

Kioni et Frikes, les ports du nord

À l'autre bout de l'île, le nord cache deux petits ports de pêche que l'on aime tout de suite. Kioni est sans doute le plus joli village d'Ithaque : ses maisons de pierre s'étagent sur une colline verte, trois vieux moulins en ruine veillent l'entrée de la baie, et des barques colorées se balancent devant les tavernes posées au ras de l'eau. On s'y installe pour déjeuner avec vue sur la marina, et l'on a du mal à repartir.

Frikes, son voisin, est plus modeste et tout aussi sincère. C'est de ce petit port que partent les ferries vers Céphalonie et Leucade (Lefkada), ce qui en fait une porte d'entrée et de sortie commode. On y mange un poisson grillé au bord du quai, en regardant les bateaux manœuvrer. Entre les deux villages, la route serpente au-dessus de criques translucides : prenez le temps de vous arrêter à la première qui vous fait envie.

Sur les traces d'Homère

Pour qui aime laisser le mythe affleurer, quelques lieux valent le détour. Au-dessus du village de Stavros, dans le nord, l'école d'Homère est un site de fouilles où l'on a dégagé les vestiges d'un bâtiment de l'époque mycénienne. Certains rêvent d'y reconnaître le palais d'Ulysse ; rien ne le prouve, mais le panorama sur les baies du nord récompense largement la montée tranquille.

Plus près de Vathy, la grotte des Nymphes (les habitants l'appellent Marmarospilia) ouvre son ombre fraîche au-dessus de la plage de Dexa. La tradition veut qu'Ulysse y ait caché, à son retour, les présents offerts par les Phéaciens. Là encore, on ne vous demandera pas d'y croire : il suffit de profiter du frais et de l'histoire que l'on se raconte. Le petit musée archéologique de Stavros complète joliment la promenade pour qui veut en savoir un peu plus.

Anogi et Perachori, l'Ithaque des hauteurs

En prenant de l'altitude, on découvre une autre Ithaque, plus secrète. Anogi, ancien chef-lieu médiéval presque déserté, s'accroche aux pentes du mont Nìritos, dans le nord de l'île. Tout autour, d'énormes blocs de calcaire blanc émergent de la garrigue, ces fameux « rochers » d'Anogi que l'on a longtemps pris pour des menhirs préhistoriques. Le plus impressionnant, surnommé Araklis, dresse ses 9 m juste sous les maisons du village. Leur origine est en réalité géologique, mais le spectacle reste saisissant. Dans la petite église de la Panagia se cachent des fresques byzantines, et un campanile vénitien veille sur ce hameau hors du temps.

Plus au sud, Perachori joue les balcons au-dessus de Vathy. On s'y arrête pour la vue, immense, qui embrasse le golfe et, par temps clair, les côtes du continent. Un café de village suffit à votre bonheur, surtout si vous poussez ensuite jusqu'aux ruines de Paleochora, l'ancienne capitale de l'île à l'époque vénitienne, aujourd'hui rendue aux herbes folles et au silence.

Criques discrètes et chemins tout doux

Ithaque récompense ceux qui marchent un peu, sans jamais leur en demander trop. La plus belle plage de l'île, Gidaki, se gagne par un agréable chemin côtier au départ de Vathy : une longue grève de galets clairs et d'eau limpide, sans route pour y accéder. Si la marche vous tente moyennement, un petit kaïki (la barque locale) vous y dépose en quelques minutes depuis le port. Tout près, la jolie plage de Filiatro, plus facile d'accès, déroule son arc de galets dans un écrin de verdure.

Partout, des sentiers anciens relient les villages et les criques entre les oliviers et les cyprès. On y avance à son rythme, à l'ombre le matin, avec la mer qui apparaît à chaque virage. Emportez de l'eau, un chapeau et de bonnes sandales, et laissez-vous porter : ici, le but n'est jamais d'arriver vite, mais de bien regarder.

Quand venir, et comment

Ithaque se savoure à la fin du printemps et au début de l'automne, quand la lumière est douce et les terrasses jamais bondées. Mai, juin, septembre et le début d'octobre offrent ce parfait équilibre entre chaleur agréable et tranquillité. L'été reste beau mais plus animé, surtout autour des ports.

Soyons francs : nous ne proposons pas encore de séjour Kelifos sur Ithaque même. L'île se découvre plutôt comme une parenthèse, en complément de sa grande voisine. Depuis Céphalonie, un ferry vous y dépose en moins d'une heure (au départ de Sami vers Pisaétos, ou de Fiskardo vers Frikes en été), le temps d'une longue journée ou d'une ou 2 nuits. Si vous hésitez encore sur votre point d'ancrage, notre comparatif Corfou ou Céphalonie vous aidera à choisir l'île qui vous ressemble. Et pour relier le voyage à pied au plaisir des grands paysages, jetez un œil à notre séjour Céphalonie à vélo en liberté, une jolie façon de prolonger l'escapade ionienne à votre rythme.

Questions fréquentes sur Ithaque

Comment se rendre à Ithaque ?

Ithaque n'a pas d'aéroport, et c'est un peu le secret de son calme. Le plus simple est de rejoindre en avion Céphalonie, sa grande voisine, puis d'embarquer sur un ferry : la traversée de Sami jusqu'au port de Pisaétos ne demande qu'une vingtaine de minutes. Depuis le continent, des bateaux relient aussi Astakos à Pisaétos ou à Frikes, et l'île de Leucade (Lefkada) rejoint le nord d'Ithaque en saison.

Ithaque est-elle vraiment l'île d'Ulysse ?

C'est ici qu'Homère situe le royaume d'Ulysse, mais aucune preuve archéologique ne confirme que l'île d'aujourd'hui soit exactement celle de l'Odyssée. Les chercheurs en débattent depuis longtemps, certains ayant même proposé que l'Ithaque homérique corresponde à la péninsule de Paliki, à Céphalonie, une hypothèse séduisante mais jamais démontrée. Sur place, l'école d'Homère près de Stavros et la grotte des Nymphes entretiennent joliment la légende, sans qu'aucun « palais d'Ulysse » ne soit avéré.

Que faire à Ithaque et où se baigner ?

On vient surtout y flâner : un café sur le port de Vathy, un déjeuner les pieds dans l'eau à Kioni ou Frikes, une montée vers les balcons d'Anogi et de Perachori pour la vue sur le golfe. Côté baignade, la plage de Gidaki, longue grève de galets clairs, se gagne à pied depuis Vathy ou en petit kaïki ; Filiatro, plus accessible, et Dexa, au pied de la grotte des Nymphes, complètent le tableau. Les amateurs de mémoire ancienne pousseront jusqu'au petit musée archéologique de Stavros.

Peut-on combiner Ithaque et Céphalonie ?

Oui, et c'est même la plus belle façon de la découvrir. Céphalonie concentre l'aéroport, les hébergements et le ferry qui rejoint Ithaque en moins d'une heure, ce qui en fait le point d'ancrage idéal pour une escapade d'une journée ou de 2 nuits sur l'île d'Ulysse. Si vous hésitez sur votre île de base, notre comparatif Corfou ou Céphalonie vous aidera à trancher.

Votre question n'est pas dans cette liste ?

Écrivez-nous, on vous répond personnellement par e-mail.

Poursuivre votre lecture

Article écrit par

Passionnée de randonnée et fascinée par la Grèce, j’ai la chance de lier ma passion à mon métier. Mes études initiales (Master en Marketing et licence en LEA) m’ont appris à construire un projet éditorial, le reste… Lire la suite

Voyages qui pourraient vous plaire

Continuez votre lecture