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Les plus belles randonnées à Naxos

Solène

Solène Roux9 min de lecture·18 février 2026

Randonnée à Naxos : les plus beaux sentiers de la plus grande Cyclade | Kelifos

Naxos est la plus grande et la plus généreuse des Cyclades. Des vallées fertiles plantées d'oliviers et d'agrumes, des chemins de marbre hérités de l'Antiquité, des villages de montagne où le temps semble s'être arrêté entre deux saisons. C'est une île faite pour la marche lente, celle qui laisse le regard se poser, les jambes trouver leur rythme, et l'esprit se laisser porter par la beauté des choses simples.

Mont Zeus (Zas) : le toit des Cyclades

Le point culminant des Cyclades porte le nom du roi des dieux. A 1004 mètres d'altitude, le mont Zas domine l'archipel entier, et le sentier qui y mène depuis le village de Filoti est l'une des plus belles promenades de l'île. On quitte les ruelles ombragées du village pour s'engager sur un chemin bordé d'oliviers centenaires. L'air sent la sauge et le thym sauvage.

À mi-parcours, le sentier passe devant la grotte de Zeus, cavité profonde où, selon la mythologie, le jeune dieu aurait grandi à l'abri des regards de son père Cronos. L'endroit a quelque chose de solennel, avec ses parois humides et son silence minéral. On y fait une pause, on imagine les récits anciens, puis on reprend la montée.

Le paysage se transforme progressivement. Les oliviers cèdent la place aux rochers nus, le sentier se fait plus escarpé, l'horizon s'ouvre. À mesure que l'on s'élève, les îles voisines apparaissent une à une : Paros d'abord, puis Ios, Amorgos, et par temps clair, les silhouettes lointaines de Santorin et de Mykonos. Au sommet, le panorama est circulaire. On se tient au-dessus d'un archipel entier, avec ce sentiment rare d'embrasser du regard tout un monde bleu et blanc.

La marche prend environ trois heures aller-retour. Ce n'est pas un exploit sportif, c'est une promenade qui se mérite par un peu de patience et beaucoup de plaisir. Le retour vers Filoti se fait dans la lumière dorée de l'après-midi, et l'on arrive juste à temps pour s'attabler sur la place du village, à l'ombre des platanes.

La vallée de Tragéa : villages byzantins et oliveraies

Le cœur de Naxos bat dans la vallée de Tragéa, vaste plaine intérieure couverte d'une oliveraie presque ininterrompue que l'on dit millénaire. Marcher dans cette vallée, c'est passer d'un village à l'autre par des sentiers ombragés, croiser des chapelles byzantines cachées sous les arbres, et découvrir un patrimoine que peu de visiteurs soupçonnent.

Halki, ancien chef-lieu de l'île, conserve de belles demeures vénitiennes aux blasons sculptés et une distillerie de kitron, la liqueur d'agrumes qui fait la fierté de Naxos. On y goûte ce breuvage doré en trois versions (sèche, douce, verte) dans une salle voûtée où le temps semble suspendu. Plus loin, Apiranthos mérite à elle seule le détour. Surnommé le "village de marbre", ce bourg perché dans la montagne déploie ses ruelles entièrement pavées de marbre blanc, ses petits musées (géologie, archéologie, folklore) et ses cafés où les anciens jouent au tavli en sirotant un café grec.

Entre les deux, Filoti est le plus grand village de l'île, adossé aux pentes du mont Zas. Sa place centrale, ombragée de platanes centenaires, invite à la halte. On s'y installe pour un déjeuner simple : salade de tomates naxiotes, fromage frais, pain d'orge. Au fil des chemins qui relient ces villages, les surprises se multiplient. Ici, une église byzantine du VIIe siècle dont les fresques défient les siècles. Là, une tour vénitienne envahie par les figuiers. La vallée de Tragéa est un musée à ciel ouvert, et le sentier en est le meilleur guide.

D'Apiranthos à Moutsouna : l'ancien chemin de l'émeri

Naxos possède un trésor géologique que peu d'îles peuvent revendiquer : l'émeri, cette roche d'une dureté exceptionnelle utilisée depuis l'Antiquité pour polir le marbre et aiguiser les lames. Le sentier qui relie Apiranthos au petit port de Moutsouna, sur la côte est, est l'ancien chemin des mineurs. Pendant des siècles, les hommes ont descendu ce précieux minerai à dos de mulet, des carrières de montagne jusqu'aux quais d'embarquement.

La promenade commence dans les ruelles de marbre d'Apiranthos et descend progressivement vers la mer. Le paysage se métamorphose au fil de la marche. On quitte les terrasses cultivées de l'intérieur pour entrer dans un monde plus austère, fait de roches grises et de maquis ras balayé par le vent. Puis la mer apparaît, d'un bleu profond, encadrée par des falaises abruptes.

A Moutsouna, le quai d'embarquement de l'émeri est toujours là, avec ses rails rouillés et ses trémies abandonnées. Ce vestige industriel, posé au bord d'une eau translucide, a quelque chose de poignant. Le village lui-même est minuscule : quelques maisons de pêcheurs, une taverne, le silence. On y mange un poisson grillé du jour en contemplant les vagues, avant de reprendre la route. C'est une promenade qui raconte une histoire, celle du labeur des hommes dans un paysage de beauté farouche.

La tour de Chimarros : sentinelle de marbre

Dans la campagne au sud de Filoti, une tour cylindrique se dresse seule au milieu des champs. La tour de Chimarros, bâtie au IVe siècle avant notre ère, est l'un des monuments hellénistiques les mieux conservés des Cyclades. Construite entièrement en blocs de marbre blanc assemblés sans mortier, elle atteint encore une dizaine de mètres de hauteur après 2300 ans d'existence.

Le chemin pour y accéder traverse un paysage ouvert de collines douces, parsemé de chênes verts et de murets de pierre sèche. On marche dans un silence que seul vient troubler le tintement lointain d'une clochette de chèvre. La tour apparaît soudain, massive et élégante à la fois, avec cette patine dorée que le soleil donne au marbre de Naxos. Sa fonction exacte reste débattue : tour de guet, grenier fortifié, repère pour les navigateurs ?

On peut combiner cette promenade avec l'ascension du mont Zas pour remplir une journée entière. Le matin en altitude, l'après-midi dans les champs : deux visages de Naxos, deux lumières différentes, un même sentiment de plénitude.

Sentiers côtiers du sud : plages désertes

Le sud de Naxos est un monde à part. Loin des plages aménagées de la côte ouest, la péninsule d'Alyko offre un paysage sauvage où une forêt de cèdres centenaires descend jusqu'au sable. Des sentiers discrets serpentent entre les arbres, menant à des criques que l'on dirait oubliées par le temps. Les vestiges d'un temple antique, à demi enfouis dans le sable et les racines, ajoutent au lieu une dimension mystérieuse.

Plus au sud encore, vers Kalantos, la côte se fait plus escarpée, les plages plus secrètes. On y accède par des chemins de bergers qui zigzaguent entre les collines couvertes de maquis. La récompense, au bout du sentier, est toujours la même : une crique de sable ou de galets, une eau cristalline, et cette sensation rare d'avoir un rivage pour soi seul. On étend sa serviette, on plonge, on sèche au soleil. Le bonheur tient parfois dans si peu de choses.

Ces promenades côtières ne demandent ni effort particulier ni préparation spéciale. Juste un maillot de bain dans le sac, une gourde d'eau fraîche, et l'envie de se laisser guider par la curiosité.

Saveurs de Naxos

Marcher à Naxos, c'est aussi manger à Naxos, et l'île offre à table une générosité qui reflète celle de ses paysages. La pomme de terre de Naxos jouit d'une réputation qui dépasse largement l'archipel : cultivée dans les vallées fertiles de l'intérieur, elle est si savoureuse que les restaurants d'Athènes la mentionnent sur leurs cartes comme un label de qualité.

Le kitron, cette liqueur unique tirée du cédrat (un agrume proche du citron), n'est produit nulle part ailleurs en Grèce. La distillerie Vallindras, à Halki, perpétue un savoir-faire familial depuis 1896. On y déguste trois versions de cet élixir doré, et l'on repart avec une bouteille au fond du sac, souvenir parfumé d'une halte entre deux sentiers.

La graviera de Naxos, fromage à pâte dure affiné dans les caves de montagne, accompagne chaque repas. Taillée en copeaux sur une salade ou servie en tranches épaisses arrosées de miel local, elle incarne le terroir naxiote dans ce qu'il a de plus authentique. Et puis il y a le miel de thym, les câpres sauvages, le raki distillé dans les villages, l'huile d'olive pressée à froid. A Naxos, les sentiers mènent toujours à une table, et la table ramène toujours aux sentiers.

Quand marcher à Naxos

Les meilleures saisons pour parcourir Naxos à pied sont le printemps (avril à juin) et le début de l'automne (septembre à octobre). Au printemps, l'île est couverte de fleurs sauvages, les températures sont douces, et les sentiers sont tranquilles. C'est la saison où la vallée de Tragéa embaume le plus, où les couleurs sont les plus vives, où la lumière a cette qualité particulière qui fait le bonheur des photographes.

En septembre et octobre, la mer est encore chaude pour la baignade, les journées restent longues et lumineuses, et l'île retrouve sa sérénité après l'été. C'est aussi la saison des vendanges et des premières récoltes d'olives, quand les villages reprennent leur rythme authentique. L'été (juillet et août) est plus chaud et plus venté, avec le meltem qui souffle parfois avec force, mais les promenades matinales et les sentiers côtiers restent tout à fait praticables.

Retrouvez tous nos voyages dans les Cyclades, nos sentiers préférés en Grèce, et notre page dédiée à Naxos pour composer votre prochaine évasion.

Solène Roux

Solène Roux

Responsable Éditoriale

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