Corfou est la plus verte des îles grecques, la plus vénitienne aussi, et peut-être la plus parfumée. Sous ses voûtes d'oliviers centenaires, le long de ses falaises blanches ourlées de criques turquoise, l'air charrie des effluves de jasmin, de sauge sauvage et de terre chaude. C'est une île qui se découvre à pied, dans la lenteur et l'émerveillement.
Paleokastritsa : falaises et criques secrètes
Le chemin qui mène aux criques de Paleokastritsa longe d'abord une oliveraie avant de basculer vers la mer. En contrebas, les eaux oscillent entre le turquoise et le bleu profond, si transparentes que l'on distingue les galets du fond. Le monastère de la Theotokos, posé au sommet de la falaise depuis le XIIIe siècle, veille sur la baie avec une sérénité contagieuse. Depuis sa terrasse fleurie de bougainvilliers, le panorama embrasse toute la côte ouest. On s'attarde, on respire, on comprend pourquoi les Vénitiens avaient fait de cet endroit leur lieu de villégiature favori.

De Kassiopi à Kouloura : la côte nord-est
Cette balade littorale est l'une des plus douces de l'île. Le sentier chemine entre les pins maritimes et les petites plages de galets, reliant des villages de pêcheurs où le temps semble s'être arrêté. A Kouloura, le minuscule port en fer à cheval, bordé de cyprès, compose l'un des tableaux les plus photographiés de Corfou. De l'autre côté du détroit, les montagnes albanaises dessinent une ligne bleutée à l'horizon. On déjeune dans une taverne les pieds presque dans l'eau, d'un poulpe grillé et d'une salade de tomates encore tièdes de soleil.

Le mont Pantokrator : le toit de l'île
Point culminant de Corfou, le Pantokrator se mérite par une approche progressive à travers des villages accrochés aux pentes : Strinylas, Petalia, avec leurs places ombragées et leurs fontaines de pierre. La marche est régulière, jamais abrupte, et la récompense grandit à chaque lacet. Au sommet, un monastère du XIVe siècle et un panorama à couper le souffle : la mer Ionienne d'un côté, l'Albanie et l'Epire de l'autre, et par temps clair, les côtes italiennes au loin. Le silence, là-haut, a une qualité particulière.
Angelokastro : la forteresse entre ciel et mer
Perché sur un promontoire rocheux au-dessus de Paleokastritsa, Angelokastro est l'une des forteresses byzantines les plus spectaculaires de Grèce. Le chemin qui y mène serpente à flanc de colline, entre les oliviers et le maquis, avec la mer en contrebas qui change de couleur à chaque lacet. Au sommet, les ruines de la citadelle du XIIIe siècle abritent une petite chapelle et un panorama à couper le souffle sur toute la côte nord-ouest de l'île. C'est un lieu chargé d'histoire : pendant des siècles, les habitants de Corfou se réfugiaient ici lors des invasions. Aujourd'hui, on y vient pour la beauté du lieu et le plaisir d'une promenade accessible à tous.
Porto Timoni : la plage aux deux visages
Il faut marcher une vingtaine de minutes depuis le village d'Afionas, sur un sentier pierreux bordé de maquis odorant, pour découvrir Porto Timoni. La surprise est totale : une langue de terre étroite sépare deux baies jumelles, l'une tournée vers le nord, l'autre vers le sud. Selon le vent, on choisit son rivage. Les eaux sont d'un bleu presque irréel, la fréquentation rare, le sentiment de découverte intact. C'est le genre d'endroit que l'on hésite à partager, de peur qu'il ne change.

Le vieux Perithia : village fantôme de montagne
Niché dans les hauteurs du nord-est, le vieux Perithia est un village abandonné que la nature a lentement recouvert de lierre et de figuiers sauvages. Fondé au XIVe siècle, déserté au XXe, il connaît aujourd'hui une renaissance discrète : quelques maisons sont restaurées avec soin, deux ou trois tavernes ont rouvert sous les platanes. On y accède par un chemin qui traverse des oliveraies silencieuses, et l'on y découvre une Corfou oubliée, rurale et authentique, loin des rivages touristiques. Le charme de la patine, du temps qui passe et qui revient.
De l'Achilleion à Benitses : sur les pas de Sissi
L'impératrice Elisabeth d'Autriche aimait Corfou au point d'y faire construire un palais. L'Achilleion, avec ses jardins en terrasses peuplés de statues mythologiques, offre une vue somptueuse sur la mer. La promenade qui descend ensuite vers le village de Benitses emprunte des chemins ombragés, entre citronniers et murets de pierre sèche. Benitses a conservé son caractère de port de pêche, avec ses filets qui sèchent sur le quai et ses petites tavernes où l'on sert le poisson du jour. Une flânerie qui mêle patrimoine impérial et douceur de vivre insulaire.

Le Corfu Trail : la grande traversée de l'île
Pour les voyageurs qui souhaitent s'immerger plus longuement dans les paysages de l'île, le Corfu Trail propose une grande traversée du sud au nord sur environ 220 kilomètres. Ce sentier balisé, que l'on peut bien sûr parcourir par étapes choisies, traverse la diversité complète de Corfou : les collines douces du sud couvertes d'oliviers, les plages sauvages de la côte ouest, les forêts de chênes et de cyprès de l'intérieur, et les paysages plus montagneux du nord jusqu'au Cap Drastis, où les falaises de grès blanc plongent dans la mer. Chaque journée de marche se termine dans un village où une adresse de charme vous attend. C'est la façon la plus complète de découvrir l'île à pied.
Saveurs de Corfou : ce que les sentiers vous offrent en chemin
Marcher à Corfou, c'est aussi aller à la rencontre d'un terroir singulier. L'île est la terre du kumquat, ce petit agrume doré que l'on transforme en liqueur, en confiture ou en fruits confits. On le découvre dans les boutiques de Kerkyra, mais aussi dans les villages de l'intérieur où quelques artisans perpétuent la tradition. L'huile d'olive de Corfou, produite à partir de ces millions d'arbres centenaires que l'on traverse à chaque promenade, possède une douceur caractéristique. Dans les tavernes de montagne, on vous servira du sofrito, un ragoût de veau parfumé à l'ail et au vinaigre blanc, ou du pastitsada, un plat de pâtes à la sauce tomate épicée hérité des Vénitiens. Chaque sentier mène à une table, et chaque table raconte un peu de l'île.
Conseils pratiques pour découvrir Corfou à pied
La meilleure saison pour parcourir les sentiers de Corfou s'étend d'avril à juin et de septembre à fin octobre. Au printemps, l'île est un jardin : les orchidées sauvages, les coquelicots et le jasmin bordent les chemins, et la lumière possède une clarté particulière. En automne, les températures restent agréables pour la marche, la mer est chaude pour se baigner après la promenade, et les couleurs de la végétation prennent des tons dorés.
La vieille ville de Kerkyra, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, mérite que l'on y consacre au moins une demi-journée de flânerie. Ses ruelles vénitiennes, ses arcades à l'italienne et la Spianada, l'une des plus grandes places de Grèce, composent un décor unique dans les îles grecques. C'est le point de départ idéal pour un séjour qui alterne sentiers de campagne et promenades urbaines.
Nos séjours à Corfou
Kelifos vous propose plusieurs façons de découvrir Corfou à pied, avec des hébergements de charme et des parcours soigneusement préparés :
- Corfou, l'île Emeraude : un séjour en liberté pour explorer l'île verte à votre rythme.
- Corfou et Paxos, voyage en mer Ionienne : la combinaison de deux îles ioniennes, entre falaises, oliviers et criques secrètes.
- Corfou et Paxos, lumières ioniennes : un voyage accompagné pour savourer le meilleur de l'île avec un guide qui en connaît chaque sentier.

Solène Roux
Responsable Éditoriale















