Cythère flotte entre le Péloponnèse et la Crète, ni tout à fait ionienne, ni cycladique, habitée par une personnalité singulière que les siècles ont patiemment façonnée. C'est l'île d'Aphrodite, née de l'écume à ses rivages, mais aussi l'île oubliée des circuits, celle que peu de voyageurs atteignent. Ceux qui y parviennent en reviennent changés, habités par un charme difficile à nommer.
Pourquoi Cythère fascine depuis l'Antiquité
La mythologie raconte qu'Aphrodite naquit de l'écume de la mer, portée par les vents jusqu'aux côtes de Cythère. Les Phéniciens y bâtirent le premier temple dédié à la déesse de l'amour, bien avant que les Grecs ne reprennent le culte à leur compte. Cette position entre trois mers (Ionienne, Égée, Crétoise) a fait de l'île un carrefour convoité : Vénitiens, Ottomans, Anglais s'y sont succédé, chacun laissant sa trace. Plus de trois cents chapelles byzantines ponctuent cette île modeste, nichées dans les ravins ou posées sur les crêtes, petites sentinelles de pierre et de foi.
L'expression "s'embarquer pour Cythère", qui signifie partir en voyage amoureux, est née de cette aura mythologique. Le peintre Antoine Watteau en fit le sujet de son chef-d'œuvre, Le Pèlerinage à l'île de Cythère, exposé au Louvre. Baudelaire lui consacra un poème dans Les Fleurs du mal, Victor Hugo évoqua "Cythère aux nids charmants, Cythère aux myrtes verts", et Verlaine, Debussy, Ravel s'en inspirèrent à leur tour. Peu d'îles au monde peuvent se prévaloir d'avoir autant nourri l'imagination des artistes. Aujourd'hui encore, c'est cette aura qui rend Cythère si singulière : on n'y vient pas seulement pour les plages, on y vient pour l'émotion d'un lieu chargé de sens.
Les villages de Cythère : Chora, Paleochora, Avlemonas
Chora, la capitale, est perchée sur une falaise qui tombe à pic dans la mer Crétoise. Le kastro vénitien couronne le rocher, ses murailles embrassant un dédale de ruelles silencieuses bordées de maisons blanches et bleues. On y monte par un chemin pavé, entre les bougainvilliers et les chats endormis, et l'on débouche sur un panorama vertigineux. En contrebas, la mer scintille. Au loin, par temps clair, on devine la Crète. Les quelques cafés installés au bord du vide servent un café grec lentement préparé, dans cette atmosphère suspendue qui est la signature de Cythère.

Paleochora, l'ancienne capitale byzantine, se mérite. Il faut s'enfoncer dans un ravin boisé pour la trouver. Fondée au XIIe siècle, la cité fut détruite par le pirate Barberousse en 1537 et jamais reconstruite. Aujourd'hui, ses ruines émergent de la végétation sauvage : des murs de pierre envahis de lierre, des chapelles dont les fresques s'effacent doucement, un silence profond que seul le vent traverse. C'est l'un des sites les plus émouvants de Grèce, un lieu où le passé se touche presque du doigt.

Avlemonas, sur la côte est, est un petit village de pêcheurs que le temps semble avoir oublié. Ses maisons colorées bordent un port minuscule où quelques barques se balancent doucement. C'est ici, dans ce que Xénophon appelait la "baie phénicienne", que les premiers navigateurs accostèrent il y a trois mille ans. Aujourd'hui, on y vient pour la lumière de fin d'après-midi, pour le poisson grillé servi les pieds presque dans l'eau, et pour cette qualité de silence que seules les petites îles préservées savent offrir.
Les plus belles plages de Cythère
Cythère ne possède pas les plages bondées des îles touristiques. Elle offre autre chose : des criques qu'il faut mériter, des rivages que l'on a souvent pour soi seul.
- Kaladi : accessible par un escalier taillé dans la roche, elle dévoile des grottes marines et des eaux d'un bleu intense. C'est probablement la plus belle plage de l'île.
- Melidoni : minuscule et cachée, elle s'atteint par un court sentier à travers le maquis. On y est presque toujours seul.
- Komponada : sauvage, balayée par les vents, magnifique dans sa rudesse. Pour les amoureux des paysages bruts.
- Diakofti : le port de l'île. La plage de sable blanc contraste avec l'épave rouillée du cargo Nordland échoué à quelques mètres du rivage, image poétique et un peu mélancolique qui résume bien l'esprit de Cythère.

Cythère à pied : sentiers entre gorges et chapelles
Les gorges et les chemins de l'île se prêtent naturellement à la découverte à pied. Cythère possède un réseau de sentiers anciens qui relient les villages entre eux, à travers des paysages de pins, d'oliviers et de maquis odorant. On marche sans se presser, en croisant des chapelles isolées, des puits de pierre et des panoramas sur les trois mers qui entourent l'île. C'est une marche contemplative, sans contrainte de temps, où chaque halte se transforme en découverte.
Parmi les promenades les plus marquantes : la descente vers les cascades de Mylopotamos à travers une gorge boisée et ses anciens moulins restaurés, le chemin de crête entre Chora et Kapsali face à la baie turquoise, ou encore la traversée des oliveraies vers la grotte d'Agia Sophia et ses icônes séculaires. Comptez deux à trois heures par balade, sur des sentiers accessibles à tous.
Saveurs de Cythère : miel de thym, huile d'olive et tavernes de village
Le miel de thym de Cythère compte parmi les meilleurs de Grèce. Les abeilles butinent les collines couvertes de thym sauvage, de sarriette et d'origan, et produisent un miel doré, intense, légèrement balsamique. L'huile d'olive, pressée dans les derniers moulins de l'île, a cette douceur fruitée des petites productions soignées.
Dans les tavernes de Cythère, il n'y a souvent pas de carte : on vous apporte ce qui est prêt, selon la saison et l'humeur du cuisinier. Des fromages frais, des herbes sauvages sautées à l'huile d'olive, du poisson grillé sur la braise. L'art de vivre dans sa forme la plus simple, la plus vraie.

Quand visiter Cythère et comment s'y rendre
L'île se savoure de préférence au printemps (avril-juin) ou en automne (septembre-octobre). Au printemps, les collines se couvrent de fleurs sauvages, le thym embaume les chemins et les températures invitent à la flânerie. En automne, la lumière prend cette douceur dorée propre à la fin de saison, la mer reste chaude pour la baignade et les tavernes accueillent les voyageurs avec une générosité redoublée. Même en été, Cythère reste étonnamment paisible : l'île compte environ 4 000 habitants permanents et n'a ni complexe hôtelier ni bateau de croisière.
On atteint Cythère par la mer, depuis Neapoli dans le Péloponnèse (une heure de traversée) ou depuis le Pirée. En été, des vols relient Athènes à l'île en quarante-cinq minutes. Sur place, les distances restent modestes : une cinquantaine de kilomètres du nord au sud. Cette relative difficulté d'accès n'est pas un obstacle : c'est un filtre, celui qui préserve Cythère de l'affluence et lui conserve son authenticité.
Notre voyage à Cythère
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Les voyageurs séduits par le charme de Cythère prolongent souvent l'évasion vers les îles Ioniennes et leurs oliveraies, la Crète et son patrimoine millénaire, ou le Péloponnèse et ses sentiers sauvages.

Solène Roux
Responsable Éditoriale

















