Zagori, la Grèce de pierre au-dessus des gorges de Vikos

Par Maria Papadopoulou (Μαρία Παπαδοπούλου)

Publié le 24 septembre 2026 11 min de lecture

Zagori, gorges de Vikos : la Grèce de pierre | Kelifos

Il existe, tout au nord-ouest de la Grèce, un pays que les cartes postales ont oublié. Pas de mer turquoise ici, mais des montagnes couvertes de forêts, des villages tout en pierre grise accrochés au relief, et de vieux ponts en arches qui enjambent des rivières d’une transparence irréelle. C’est le Zagori. Il garde en son cœur les gorges de Vikos, comptées parmi les plus profondes du monde. Un coin de Grèce où l’on vient pour le silence, la lumière rasante du matin et la douceur d’un autre temps.

En brefUne Grèce de montagne, faite de pierre et de forêts, loin des plages et de la foule
Idéal pourLes amoureux de nature, de villages authentiques et de patrimoine paisible
Meilleure saisonFin du printemps (mai, juin) et automne (septembre, octobre)
RythmeDoux : balcons, balades de village et baignades, à votre rythme
Notre séjourInspiration libre, à composer avec un circuit en Grèce continentale

L’Épire, la Grèce que l’on ne soupçonne pas

Quand on pense à la Grèce, on imagine des îles, des moulins blancs et la mer Égée. Le Zagori raconte une autre histoire. Nous sommes en Épire, dans le nord-ouest du pays, là où la chaîne du Pinde dresse ses crêtes à la frontière de l’Albanie. Ici, pas de littoral à perte de vue, mais des reliefs boisés, des sources fraîches et un air de montagne qui surprend ceux qui n’attendaient de la Grèce que le soleil et le sel.

C’est une région qui a longtemps vécu repliée sur elle-même, reliée au reste du monde par de simples chemins muletiers. Cet isolement l’a protégée. En 2023, l’UNESCO l’a inscrite au patrimoine mondial sous le nom de « paysage culturel du Zagori », la toute première reconnaissance de ce type pour la Grèce. Ce que l’on salue ainsi, ce n’est pas un monument, mais un équilibre rare entre des villageois et leur montagne, patiemment façonné au fil des siècles.

Les villages de pierre du Zagori

On appelle ces hameaux les zagorochoria : quarante-six villages dispersés sur les pentes du Pinde, tous bâtis dans la même pierre grise tirée de la montagne. Toits de lauzes, ruelles pavées, escaliers de pierre, murets qui retiennent la terre des jardins. Tout semble avoir poussé là naturellement, comme un prolongement du rocher.

Au centre de chaque village, vous trouverez la même scène : une place ombragée par un grand platane, une fontaine, l’église, et une taverne où l’on s’attable sans se presser. Beaucoup de ces villages doivent leur élégance à une histoire singulière. Aux 18e et 19e siècles, leurs habitants partaient faire fortune à l’étranger comme marchands ou artisans, puis renvoyaient de l’argent pour bâtir de belles demeures, des écoles et des ponts. La pierre ici raconte ces allers-retours, ce mélange d’humilité paysanne et de raffinement venu d’ailleurs.

La vie y reste lente et chaleureuse. On prend le café du matin face aux montagnes, on goûte la pita maison (une tourte feuilletée aux herbes, au fromage ou aux légumes), on partage un verre de tsipouro avec le tavernier. La cuisine de montagne épirote a son caractère : fromages de brebis affinés, miel parfumé au thym, ragoûts mijotés longuement, tisanes cueillies sur les pentes. Loin des standards touristiques du bord de mer, c’est une table simple et franche, qui prend tout son sens après une matinée au grand air. Pour qui aime composer un voyage à pied à travers le pays, ces villages forment des étapes idéales, à relier sans hâte dans le cadre d’un circuit en Grèce continentale.

Les gorges de Vikos, un gouffre de légende

C’est la merveille naturelle du Zagori, et elle détient un record du monde. Le livre Guinness reconnaît les gorges de Vikos comme les plus profondes de la planète au regard de leur largeur : par endroits, leurs parois plongent de près de mille trois cents mètres alors que les deux rives restent toutes proches l’une de l’autre. On parle d’un canyon, mais l’image n’est pas tout à fait juste. C’est plutôt une faille immense, tapissée de forêts, au fond de laquelle serpente une rivière d’un bleu de verre. Le tout est protégé au sein du parc national de Vikos-Aoös, l’un des derniers grands refuges de nature sauvage de Grèce, où subsistent encore l’ours brun et d’immenses forêts.

Cette rivière, c’est le Voïdomatis, réputé parmi les plus purs d’Europe. Il jaillit de sources au pied des falaises, si limpide qu’on en distingue chaque galet. Le sentier qui traverse les gorges, entre les villages de Monodendri et de Vikos, est l’un des plus beaux du pays, mais c’est une longue journée de marche réservée aux jambes solides. Rassurez-vous : vous n’avez pas besoin de descendre tout au fond pour ressentir la puissance du lieu. Les plus belles vues s’offrent depuis le haut, depuis les balcons taillés dans la roche.

Le balcon d’Oxya et le village de Monodendri

Monodendri est le meilleur point de départ pour approcher les gorges en douceur. Ce village de pierre, posé au bord du vide, abrite l’ancien monastère d’Agia Paraskévi, accroché à la paroi comme un nid. De la terrasse, le regard tombe directement dans l’abîme.

À quelques minutes de là, le belvédère d’Oxya se mérite sans la moindre peine : une courte marche de quelques centaines de mètres, presque plate, et vous voici sur une avancée rocheuse suspendue au-dessus du gouffre. La vue embrasse les gorges sur toute leur longueur, vertige garanti, sans avoir à y descendre. Prenez le temps d’y rester. La lumière y change d’heure en heure, et le silence n’est troublé que par le vent et le cri lointain d’un rapace. C’est l’un de ces lieux où l’on se surprend à parler à voix basse.

Papingo et ses vasques d’eau claire

À l’autre bout du Zagori, deux villages jumeaux veillent au pied des falaises : Megálo Pápingo, le grand, et Mikró Pápingo, le petit. Ils se serrent sous les tours blanches du mont Tymfi, dont les murailles calcaires changent de couleur au gré du jour. Le cadre est saisissant, et pourtant l’atmosphère reste paisible, avec ses maisons d’hôtes de charme et ses tavernes familiales.

Juste au-dessus du grand village se cachent les ovires, aussi appelées kolymbithres : une succession de vasques naturelles creusées dans la roche par le ruissellement, remplies d’une eau translucide et fraîche. C’est l’endroit rêvé pour une baignade après une promenade, allongé ensuite sur la pierre tiède à écouter l’eau couler. Plus haut, sur les épaules du Tymfi, se cache un petit lac d’altitude que les Grecs nomment Drakolímni, le « lac du dragon », auquel les bergers prêtent de vieilles légendes. On l’atteint au prix d’une longue journée de marche en montagne, mais sa seule évocation dit bien la part de mystère qui habite ces hauteurs.

Les ponts ottomans en pierre

Si une image résume le Zagori, c’est celle de ses ponts. Pour relier des villages séparés par des ravins et des torrents, les bâtisseurs d’autrefois ont jeté sur l’eau de gracieuses arches de pierre, souvent financées par un marchand du village parti faire fortune au loin. Beaucoup datent de l’époque ottomane, et plusieurs franchissent encore les rivières là où passaient jadis les muletiers.

Le plus célèbre est sans doute le pont de Plakídas, dit aussi Kalógeriko, près du village de Kípoi : trois arches élégantes qui se succèdent au-dessus du lit caillouteux, dans un décor de collines boisées. Plus au nord, le grand pont de Konítsa lance au-dessus de la rivière Aóös l’une des plus larges arches de pierre des Balkans. Ces ouvrages, simples et parfaits, comptent parmi les plus belles haltes photo de la région. On s’assoit au bord de l’eau, on écoute le courant, et l’on comprend pourquoi ce paysage a traversé les siècles presque intact.

Quand venir et comment en profiter

Le Zagori se savoure surtout à la fin du printemps et à l’automne. En mai et juin, les prairies se couvrent de fleurs sauvages et les rivières roulent une eau vive. En septembre et octobre, les forêts virent au roux et à l’or, l’air se fait vif et clair, les tables des tavernes se garnissent des saveurs de l’arrière-saison. L’été reste agréable en altitude, mais l’hiver, enneigé, referme une partie des chemins.

Le plus simple est de poser ses valises une nuit ou deux dans un ou deux villages, puis de rayonner sans se presser : un belvédère le matin, une baignade l’après-midi, un dîner de pita et de vin local le soir. Beaucoup de voyageurs associent le Zagori au reste de la Grèce continentale, en passant par les monastères suspendus des Météores, à quelques heures de route. Pour préparer un itinéraire à pied dans cette Grèce de montagne, nos plus beaux sentiers de Grèce vous donneront d’autres idées d’étapes.

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Questions fréquentes sur le Zagori

Où loger dans le Zagori ?

Le plus agréable est de dormir dans l’un des villages de pierre restaurés, dans une maison d’hôtes traditionnelle. Monodendri, tout près des gorges, et les deux Papingo (Megálo et Mikró Pápingo, au pied du mont Tymfi) comptent parmi les villages les plus charmants pour poser ses valises une nuit ou deux. On y trouve d’anciennes demeures joliment restaurées, avec leurs murs de pierre et leurs cheminées, et une taverne familiale à deux pas pour le dîner.

La découverte des gorges de Vikos est-elle accessible ?

Oui, et c’est tout l’intérêt du lieu : on profite pleinement des gorges sans avoir à en descendre le fond. Les plus belles vues s’offrent depuis le bord, au belvédère d’Oxya, au-dessus de Monodendri, et au balcon de Beloi, près du village de Vradeto. Quelques minutes de marche facile suffisent à Oxya, à peine plus à Beloi, pour atteindre ces avancées rocheuses suspendues au-dessus du vide. La traversée complète du fond, entre Monodendri et Vikos, se réserve plutôt aux marcheurs habitués et occupe une journée entière.

Comment se rendre au Zagori ?

La porte d’entrée de l’Épire est Ioannina, à la fois ville agréable au bord de son lac et aéroport régional. De là, on rejoint les villages du Zagori en voiture, à moins d’une heure de route pour les plus proches et guère davantage pour les plus reculés. Une voiture reste le moyen le plus simple pour passer d’un village à l’autre et s’arrêter aux belvédères au gré de la lumière.

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Passionnée de randonnée et fascinée par la Grèce, j’ai la chance de lier ma passion à mon métier. Mes études initiales (Master en Marketing et licence en LEA) m’ont appris à construire un projet éditorial, le reste… Lire la suite

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